Poil de carotte, exilé dans une pension sinistre, se plaignait à sa mère de n’avoir rien à lire. Et celle-ci, plutôt marâtre, répondait : « Si tu as besoin d’un livre, tu n’as qu’à l’écrire toi-même ». Cette boutade de Jules Renard me revenait sans cesse à l’esprit. En ce temps-là, dans les années 60, je pratiquais et enseignais le hatha-yoga, m’enfonçant avec beaucoup de précautions dans une expérimentation du corps, inconnue de notre culture. Je cherchais des repères et ne trouvais chez nos grands intellectuels et aussi dans l’Orient inspiré que des signes rares, par trop noyés, pour mon goût, dans une marée transcendante d’informations métaphysiques.
Tant pis ; avec mes moyens limités et l’expérience grandissante de la sphère psychosomatique, je me suis mise en documentation, comme d’autres entrent dans les ordres.
Un premier ouvrage en est résulté, maintenant complètement épuisé. Le revoilà, entièrement toiletté, et repensé, et enrichi grâce à l’intervention de Colette Poggi.
Ceux qui entendent, à travers les pensées différentes, le son d’une petite rumeur universelle, ceux qui expérimentent à travers leur corps une potentialité accessible à chacun, peuvent à travers ce texte, réaccorder leur instrument et repartir dans l’expérience d’un pied léger.

Eva Ruchpaul